01.07.07
Delirium (rencontre avec un producteur)
Delirium
par Jonathan Besnard
Tandis que
Christophe tentait de se libérer de son anxiété en faisant virevolter son
portable dans les airs, Alexandre buvait un verre de Whisky tout juste bon à
brûler une voiture dans le 93. Pour ma
part j’étais tranquille. En même temps les deux comprimés de Valium avaient
commencé à agir une heure auparavant.
« Putain Christophe ! Ton portable est tombé dans mon
verre c’est pas cool » lance Alexandre en prenant l’objet et le léchant
pour ne pas en perdre une goutte.
-C’est bon ! Encore heureux que ce soit pas mon
Zippo. »
« Monsieur X veut vous voir maintenant ! »
A ces mots, nous nous sommes levés en se prenant par la main
tels des gosses dont la phobie était de bouffer ce qu’on sert à la cantine.
A peine arrivés devant la
porte, nous jugions nécessaire de faire un signe de croix en dépit de nos anciens blasphèmes.
Faut frapper avant. » C’est alors que sans
attendre, il mit une droite à Alexandre le mettant K.O lui et son verre.
« Mais t’es con ou quoi c’est de la porte dont je
parlais !
- Ah pardon.
- C’est pas grave ce
qui est fait est fait. Aide moi à le relever.
- Je voudrai bien
mais il est en train de lécher la moquette.
- Alex je t’en achèterai.
Alexandre qui était à plat ventre se tourna vers moi :
« Je t’emmerde, c’est de ta faute si on fait du cinéma.
Arrêtons de penser que c’est facile, ça requière du talent, de l’expérience… »
Christophe sans se soucier de la scène frappa à la porte quand une seconde à peine suffit pour entendre une voix émanant de l’autre côté de celle-ci :« Entrez ! »
Alexandre se relèva subitement.
En ouvrant la porte nous vîmes une pièce gigantesque ornée d'affiches de films à gros budget et à petite qualité.
Le producteur nous fit signe de venir nous asseoir en face
de lui tout en triant sa collection de pin's.
Comme il n'y avait que deux fauteuils disponibles, Alexandre et moi nous
nous sommes empressés pour y prendre place. Christophe, désemparé, se retrouvant seul
et debout, s’assied en tailleur au milieu de nous deux.
« Alors, ce que je vais vous dire ne vas pas vous plaire » commence par dire l’homme en s’allumant une cigarette. « Je n’ai pas du tout aimé Sheitan, c’est pas le genre de cinéma que je finance. Et encore…je dis cinéma, je suis gentil.»
Alexandre commence par se lever. Non pas qu’il ait oublié
qu’il n’avait pas travaillé sur ce film c’est juste qu’il considèrait le sien
comme étant pire.
« On ne l’a pas fait ! » dis-je pendant
qu’Alexandre prenait le chemin de la porte.
- Alors pourquoi
votre ami s’en va?
- Il n’a pas dû vous comprendre.
- Hé toi le blondinet ! Ramène ton cul. »
Alexandre qui avait déjà franchit la porte revint sur ses
pas tandis que Christophe arracha sans gêne la
cigarette des mains du producteur qui répondit par une gifle.
« Si tu veux une clope faut demander fiston, à part
t’essuyer le fion tes parents t’ont rien appris ?
- C’est pas ça, c’est juste que j’aime bien fumer sur la
cigarette des autres.
- Tu veux mes couilles pour les gratter pendant que t’y es.
- Non merci, en
revanche j’ai vu que vous aviez un écran plasma et un lecteur DVD, ça vous dit
qu’on regarde Haute tension, j'aime beaucoup Aja, vous avez vu la colline a des yeux ?
Le producteur ne pouvant lutter contre ses pulsions, prit la tête de Christophe la tapant
frénétiquement sur le bureau pendant qu’Alexandre se mettait à pleurer en pensant à
la mort.
Pour ma part je n’avais pas trouvé mieux que de lécher une
prise électrique pour savoir quel goût ça avait.
Quelques minutes plus tard et après avoir repris nos esprits le producteur se lança dans une critique de notre projet.
« Alors ce que je n’aime pas dans Sheitan…
Alexandre qui allait se relever se vit saisir le poignet
par Christophe. Il fut d’ailleurs touché
par cette attention alors que Christophe voulait juste avoir l’heure.
- Mais ce n’est pas
nous. » Dis-je en sentant sur le bout de ma langue un goût de cuivre et
une paralysie débutante.
- Hé bien qu’est-ce que vous avez fait ?
« Blind Test » répond Alexandre qui avait
décidément envie de se foutre en l’air.
- Mais non, Sang à l’heure ! » Rétorque
Christophe comme s’il venait de découvrir la raison pour laquelle nous étions
dans ce bureau.
- Sang à l’heure ? Ah ! Et bien dans ce cas je
peux savoir qui en a écrit le scénario parce que j’n’ai pas tout compris. »
A peine avait-il dit ça que je m’étais dirigé vers le balcon pour savoir si m’a chute me soulagerait d’une mort violente, malheureusement l’homme habitait au rez-de-chaussée et les doigts d’Alexandre et de Christophe me désignaient.
« Bon je vais tout vous expliquer, en fait j’ai travaillé dessus cinq jours et…
- 5 jours ? » Reprend Alex « Je t’avais donné trois mois pour le faire c’est toi qui t’ai chié dessus.
- Je peux avoir une bière bien fraîche ? demande soudainement Christophe.
Le producteur reprit la tête de Chris pour la cogner sur le bureau mais cette fois-ci plus fort et en direction de l’agrafeuse.
Alexandre qui entre temps avait appelé l’assistante du producteur arborait un air comblé, celle-ci lui avait apporté une bouteille de Scotch qu’il sirotait par le biais d’intraveineuses reliées au crâne.
Après s’être calmé le producteur voulut finir l’entretient.
« Pour la technique comme pour le scénario il n’y a qu’un pas à franchir pour que vous soyez au point, travaillez sur vos projets en prenant un peu plus de temps ! Mais comme on dit, le temps c’est de l’argent et vous en avez besoin. C’est pourquoi je produis votre futur projet car je sens qu’il y a du potentiel. »
C’est alors que nous l’avons remercié chacun à notre manière, moi en ramassant la crotte de nez que je venais de faire tomber sur sa moquette, Alexandre en arrêtant d’essayer de trouver une sortie en ouvrant tous les placards et Christophe en rendant l’agrafeuse qui lui était restée dans la bouche.
Inutile de dire que c’était un excellent entretient si ce n’est que j’ai pu le fêter qu’avec Alex car Christophe devait rejoindre son père pour du bricolage.JB
11.06.07
Porc-table
Porc-table par
Jonathan Besnard
Sa rencontre avec sa femme était digne d’une romance inspirée par une pub Nokia, à peine arrivée à l’agence, Tom lui avait ouvert une ligne téléphonique, ses cuisses et son cœur, en moins de temps qu’il n’en faut pour claquer un forfait de trois heures.Lui qui voulait prendre un forfait sans engagement il dû en prendre un à vie devant l’opérateur tout puissant Dieu.
En même temps comme il le dit : « Dans la vie comme au lit on se capte très bien, à chaque fois qu’on baise, je lui couvre tout le réseau. »
05.01.06

